Kakao dévoile Dark Chaser, son système anti-piratage webtoon

Dans son neuvième livre blanc, Kakao Entertainment présente Dark Chaser, un système anti-piratage qui surveille 16 000 webtoons et web novels. L'entreprise revendique 126 millions de contenus pirates bloqués au premier semestre 2026.
Dark Chaser, une plateforme unique pour toute la chaîne de riposte
Annoncé le 28 août dans le neuvième livre blanc anti-piratage de l'entreprise, le système a été développé en interne, à partir des données accumulées par l'entreprise depuis le début de ses opérations anti-piratage. Son principe : rassembler dans un même outil l'ensemble des étapes de la réponse, jusqu'ici éclatées. Détection du contenu, signalement, suivi des changements de nom de domaine, vérification du résultat et historique des actions menées passent désormais par une seule interface.
Cette centralisation répond à une évolution concrète des pratiques de piratage. Les sites concernés changent régulièrement de domaine et multiplient les accès de contournement, ce qui rendait le suivi manuel lent et incomplet. Kakao Entertainment indique que Dark Chaser sait analyser les schémas d'infraction et les corrélations entre plateformes, de manière à repérer les récidives et les premiers signes d'une nouvelle fuite.
Lancé en version bêta fin 2025, l'outil surveille aujourd'hui en continu environ 16 000 propriétés intellectuelles de webtoons et de web novels du groupe, avec une détection par mots-clés multilingues et un tableau de bord centralisé.
La stratégie TTT et le tatouage numérique
Dark Chaser met en application le triptyque TTT, pour Targeting, Tracing, Takedown, présenté par Kakao Entertainment dans son septième livre blanc en 2025. L'idée consiste à relier trois opérations longtemps traitées séparément : identifier les sites illégaux, remonter jusqu'à leurs opérateurs, puis obtenir la fermeture et engager les poursuites.
En parallèle, l'entreprise dit avoir perfectionné sa technologie de tatouage numérique, ce marquage invisible qui permet de retrouver la source d'une fuite initiale. L'enjeu est de sortir de la logique purement réactive : plutôt que de retirer indéfiniment des copies, il s'agit d'identifier le point de sortie et d'empêcher la rediffusion en amont.
126 millions de contenus bloqués sur six mois
Les chiffres avancés donnent la mesure du phénomène. Sur le premier semestre 2026, Kakao Entertainment affirme avoir bloqué environ 126,16 millions de contenus piratés dans le monde, en hausse de 24,8 % par rapport aux quelque 101,12 millions du second semestre 2025.
Depuis la création de P.CoK, son équipe dédiée à la lutte anti-piratage lancée en novembre 2021, l'entreprise revendique plus de 1,1 milliard de contenus illégaux retirés jusqu'à juin 2026. Cette équipe avait déjà mené des opérations ciblées, notamment en Indonésie, où elle avait fait fermer des groupes Telegram et des sites de traduction non autorisée.
Le livre blanc contient aussi des entretiens avec Seo Young Seok et Kim Seung-su, coprésidents du groupe parlementaire coréen consacré à la bande dessinée et au webtoon, ainsi qu'avec Sungchun Yoon, nouveau président de la Korea Copyright Protection Agency. Ce dernier y décrit le document comme un bien public dépassant le seul intérêt de l'entreprise, parce qu'il partage avec le secteur des schémas d'infraction et une expérience de riposte.
Un problème que le marché français connaît aussi
La question ne se limite pas à la Corée du Sud. En France, le Syndicat national de l'édition a obtenu le 23 juillet 2025, avec neuf éditeurs dont Glénat, Ki-oon, Kurokawa, Pika et Crunchyroll, le blocage du site Japscan. Celui-ci proposait près de 13 000 titres et attirait plus de 690 000 visiteurs uniques par mois depuis le territoire français. Le blocage a été prononcé pour dix-huit mois.
Les ordres de grandeur sont éloquents. Selon l'étude Mangas.io citée par le SNE, 83 % des lecteurs de manga fréquentent des sites pirates, dans un marché dont les ventes ont reculé de 9,3 % en volume sur 2024. Du côté coréen, Naver Webtoon avait obtenu fin 2023 la fermeture de 150 sites illégaux cumulant 2,5 milliards de visites annuelles, après une procédure DMCA visant plus de 350 noms de domaine et adressée à Cloudflare.
Ce que ça change pour les lecteurs
Pour le lectorat francophone, l'effet reste indirect mais réel. La majorité des webtoons et web novels coréens circulant en scantrad ou en traduction non autorisée proviennent de catalogues comme celui de Kakao Entertainment. Un système de détection capable de suivre les changements de domaine et d'identifier les récidives rend la durée de vie de ces plateformes plus courte.
L'entreprise annonce vouloir continuer d'exploiter les données produites par Dark Chaser pour affiner l'outil, et élargir ses actions de prévention des fuites auprès des créateurs et des fournisseurs de contenu. Reste une inconnue : la publication annuelle d'un livre blanc reste un exercice de communication, et les chiffres avancés proviennent de l'entreprise elle-même, sans validation par un tiers indépendant.